📝 Description
Au tournant de l’an mil, une nouvelle puissance locale s’impose peu à peu dans les Alpes : la famille des comtes d’Albon. En 1116, l’Oisans est intégré à la principauté qui portera bientôt le nom de Dauphiné. Le titre apparaît déjà quelques années plus tôt : en 1110, Guigues IV est le premier de la lignée à se faire appeler « Dauphin ». Son règne voit aussi exploser une rivalité déjà ancienne : celle qui oppose les Albon à la maison de Savoie. Les affrontements sont violents, au point que Guigues IV meurt des suites de blessures reçues en combattant les Savoyards.
En théorie, le Dauphiné reste vassal de l’Empereur. En pratique, les Dauphins dirigent en souverains : ils rendent la justice, lèvent leurs propres taxes, battent monnaie et mènent une diplomatie autonome.
Mais la puissance dauphinoise finit par s’épuiser. Les guerres continuelles contre la Savoie ruinent les finances, et surtout, les héritiers disparaissent les uns après les autres. Face à l’impasse, le dernier Dauphin, Humbert II, prend une décision radicale : en 1349, il vend le Dauphiné au royaume de France. Les liens entre les deux familles étaient anciens, ce qui facilite l’accord.
En 1346, Humbert II accorde aux habitants de La Grave le droit de choisir deux représentants chargés de percevoir une partie des impôts de la communauté, les tailles. Une forme d’autonomie qui montre que les Gravarots n’étaient pas de simples sujets passifs.
Et puis il y avait ces moments où le pouvoir passait vraiment devant les portes des maisons. Les Dauphins empruntaient souvent la route du Lautaret pour rejoindre Briançon, et leur passage ne passait jamais inaperçu. Un exemple célèbre : le 18 mai 1334, Humbert II traverse la contrée. On imagine aisément l’effet que pouvait produire ce cortège : les chevaux rutilants, les armures, les étoffes vives, les bannières claquant au vent… Pour les communautés paysannes de La Grave, où les distractions étaient rares, c’était un événement.